2015-05-20 - Nanjing
La Chine aura bien profité de Solar Impulse et nous aussi. L’avion est depuis environ 50 jours en Chine, et on est tous impatients de partir. J’ai bien pu profiter d’un retour en Suisse pour des vacances, puis suis revenu il y a bientôt un mois à Nanjing, où nous sommes toujours, pour la plupart. Une poignée de veinards se trouve déjà à Hawaii, mais ils manquent de belles découvertes ici en Chine...
Car cette attente est et a été pour l’équipe l’occasion de voyager dans la région et dans les villes aux alentours. J’en ai profité et en profite actuellement puisque je suis dans un train filant à 305km/h vers Pékin. Un fort vent du Nord-Ouest nous amène de l’air en provenance de la Mongolie, qui est propre, ce qui change de l’air très pollué de cette région et très sec (17% d'humidité à Pékin).
J’ai de la chance, car mes différentes casquettes m’occupent toujours un peu, je suis proche de l'opération, donc ça m'évite de trouver le temps long, mais elles m’empêchent de voyager autant que je le voudrais. Alors je profite des moindres jours de congé consécutifs pour m’évader. L'avantage est que je ne grille pas tout de suite toutes mes cartouches comme certains qui ont déjà "tout vu" dans les premières semaines et qui maintenant tournent en rond...Par exemple, je serais bien allé voir les statues de terre cuite à Xi'an, mais je n'aurais probablement pas le temps.
Ici, il y a tellement de choses à voir et à découvrir: des rues, des quartiers, des petites échoppes, des lacs (et leurs écrevisses), temples bouddhistes aux odeurs d’encens, vue sur le fleuve Yangtze qui coule aussi ici, comme à Chongqing, sorties aux fameux restaurants “Tapanyaki" avec les collègues suivi d’une soirée au quartier 1912 de Nanjing, massages traditionnels faits par des aveugles, soirée broche de 11kg d'agneau à l'abri de la pluie sous un pont, balades en vélo (à une pédale...made in China), etc. Nanjing est multi-facettes et on en n’a pas vu grand chose malgré tout! Il faudrait rester plusieurs années pour bien comprendre la Chine et cette ville. Et surtout on est à moitié au travail, à moitié en vacances. Rythme particulier.
Donc pour profiter de mes premiers jours consécutifs de congé, je suis parti à deux reprises avec une équipe à Shanghai en train. Prendre le train dans cette région moderne de la Chine est déjà pour moi une expérience: on réalise la puissance du gouvernement qui pour réaliser ses projets pharaoniques les plus fous ne lésine pas sur les moyens: la gare sud de Nanjing d’où partent la plupart des trains rapides (CRH) pour Shanghai est la plus récente de Nanjing. D’immenses artères de routes y mènent. Le métro est souterrain, les boutiques et l’entrée et les arrivées au rez de chaussée, après les contrôles de sécurité, on emprunte une large rampe d’escalators placés en parallèle, qui mènent au 1er étage. Un petit air de Bienvenue à Gattaca pour ceux qui connaissent...
| Gare de Nanjing Nan (littéralement: Sud-Capitale, gare sud) |
| Entrée de la gare de Nanjing et la grande avenue qui y mène |
Ce niveau est un unique et immense hall d’embarquement d’un bloc, d’environ 500m de long et 100m de large, avec un haut plafond. Les embarquements pour les trains se font sur les côtés et mènent à des escalators qui redescendent au rez de chaussée où se trouvent les lignes de trains. Tout est extrêmement bien pensé et c’est lumineux, pratique, efficace. Les architectes ont bien travaillé. A Shanghai qui est à 300 km et à 1h30, c’est quasi identique (gare de Hongqiao qui est aussi récente). Mais le revers de la médaille c’est que pour voyager en train, chacun doit donner son identité, et nos moindres déplacements sont donc enregistrés.
| Gare de Shanghai HongQiao, hall principal. |
L'autre revers de la médaille, c’est que pour assouvir cette soif de projet gigantesques d’infrastructure et d'immobilier, le gouvernement exproprie à tour de bras et expulse les propriétaires récalcitrants, de manière plus ou moins forte.
C’est pour ça que j’ai voulu visiter un quartier de Nanjing que j’avais repéré depuis le métro, en bordure de ville. On y accède en passant une porte dans un mur qui donne sur la rue animée. Et derrière ce mur, on découvre une sorte de mélange entre une zone de guerre, des favélas et des rues du sud l’Italie. Le quartier est détruit aux deux tiers, probablement depuis plusieurs années, et malgré tout, la vie continue, et les gens y vivent. Une maison aux fenêtres complètement défoncées à la pelle mécanique abrite une famille.
| Maison détruite, mais pas la vie de sa famille. |
Une petite maison dans un champ de ruines tient debout, et un habitant y monte sur le toit pour réparer une fuite d’eau en prévision des pluies de ces prochains jours. Etonnamment, on n’a pas l’impression que les gens qui y vivent encore sont malheureux ou dans la misère. Au contraire, ils doivent être déterminés et plus forts que jamais pour résister, et ils sont fiers et pas avares en sourires. Il y a aussi une sorte de marché qui se met en place: récupération de bois, de briques, et de matériel divers. C’est un étonnant microcosme!
Malgré ce prix humain à payer Shanghai est vraiment incroyablement dynamique et très internationale dans son style. Les anciens quartiers sont des endroits agréables à vivre, avec des allées d’arbres, et des ruelles comme une sorte de dédale. Le centre d'affaire est construit autour du quartier de Pudong, avec un bras de rivière qui sillonne la ville, le fameux Bund, le panorama est à couper le souffle au coucher de soleil, depuis la zone piétonne qui draine les milliers de touristes, dont la majorité est…chinoise.
| Le panorama du Bund de Shanghai |
Le ferry qui traverse le bras de rivière donne un bon point de vue au pied de cette skyline et est une attraction très prisée: les touristes se ruent en courant dans le ferry dès l’ouverture des portes!
La vie nocturne est vivante et branchée, notamment une petite rue bourrée (!) de bars très prisés par les expatriés dont nous faisons partie et qui adorent tous se retrouver, comme pour se donner une bouffée de "chez soi”, tout en étant “là-bas”. On sirote des verres au “Café des Stagiaires”, “Bar Revolucion” au “Pit Stop” qui nous rappelle notre pitstop de 3 semaines à Chongqing! On y mange des pizzas à tout heure et la fermeture des terrasses à 22h ne freine pas l’ambiance qui continue dans les bars. Il y a aussi la vie plus underground et alternative, mais je n’ai pas eu l’envie et le temps de la découvrir, mais les récits de mes collègues sont épiques!
Mais cette frénésie cache un peu notre impatience du départ de Si2. Car les journées à la tente sont longue: préparations du départ interminables en mode camping puisque seul l'essentiel n'est pas en palettes, nième briefing, x-ième transfert aux autorités aéroportuaires de message de report de notre départ nous use tous un peu. On sent l’impatience grimper, mais il faut résister et se tenir les coudes. Ce sentiment est attisé par le fait que certains privilégiés de l’équipe qui ont terminé leur travail à Nanjing sont déjà partis à Hawaii en préparation, ou simplement en vacances en nous attendant.
Ce n’est pourtant pas faute d’essayer de partir d'ici: le MCC travail dur pour analyser les routes, simuler les scénarios, et tester la robustesse du plan aux changements de prévisions qui vont forcément arriver, car les modèles météo ne sont pas précis au-delà de 5 jours. Si on ajoute la complexité de la relation avec les Japonais qui nous mettent un peu les battons dans les roues, c’est une véritable partie d’échec et une épreuve pour les nerfs de tous! J'ai la chance de participer aux briefings du MCC par conférence téléphonique ou internet. Je n'y ai pas un rôle participatif, mais c'est purement informatif et surtout hyper intéressant. Je pense notamment aux 2 météorologues Luc "Lucky" et Wim, et l'équipe de simulation.
Mais personne ne baisse les bras, et une sortie de la tente pour sécher l’avion au soleil, ou lui recharger les batteries nous redonnent le moral.
| 19 mai, dernière charge solaire? (Photo: Marie Barbier-Muller) |
Suite au dernier report de départ, j’enchaîne direct une nuit de garde et de chasse aux moustiques avec un voyage 2 jours à Pékin. Je vous en dirai des nouvelles bientôt!…Hawai, on arrive (?)!
PS:
Faute de texte, j'alimente en continu la rubrique "PHOTOS" ci-dessus; ne la manquez pas!
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