Dollar Impulse - GAME OVER - Insert Coin

2015-07-10 - Suisse

Cette étape mythique de la traversée du Pacifique Nagoya-Hawaii sur plus de 7000km, je l’ai suivie surplace à Nagoya pour le départ puisque j’étais en poste pour le démontage du hangar mobile et le rangement du matériel.

Départ de Si2 de Nagoya, pour 117h52min de vol! Une journée de 30h pour nous...

Puis, donc dans la même journée, j’ai pris le cap sur Rennes en France pour être témoin du superbe mariage de nos amis Gabriel et Alexia, ce qui était convenu également depuis mon engagement à Solar Impulse. Mon chef me dit alors à Nagoya “Au revoir, on se voit à Hawaii le 11 juillet!”.

L’arrivée, je l’ai suivie avec émotion sur un ordinateur portable, depuis un salon cossu de la belle maison bretonne de la belle-famille de Gabriel à Rennes. André m’a paru étonnamment frais, même si ses réponses à la radio, en français uniquement alors que le CAPCOM lui parlait en anglais, trahissait peut-être un état de fatigue important. Mais chapeau André: c’est un exploit et une performance technologique et humaine!
Passé le moment d’euphorie, place aux faits, aux chiffres et à la réalité. Certes il y a des records, des performances hors du commun, mais le retard accumulé sur toutes les étapes de ce tour du monde a été pour le moment en moyenne de 12 jours environ, tout ceci en comptant les pitstops de Muscat et Varanasi. Donc 3 semaines de retard à Chongqing, autant à Nanjing et presque autant à Nagoya. Un hangar mobile qui se transforme en hangar fixe à Hawaii, et des surprises techniques, des allers-retours, des frais d’hôtel et de nourriture qui explosent, etc. C’est donc clair que cette aventure pionnière commence à tirer en longueur, ce qui en démontre bien la difficulté, et il commence à y avoir des problèmes de budget et pas seulement de budget, mais là il faudrait que j’écrive sous un pseudo et attende le délai de prescription…
Donc les premiers à faire les frais de ce budget qui explose, c’est le personnel non-essentiel et j’en fais partie. Avec mes casquettes multiples que je partage avec mes collègues, et mes allées et venues, je suis devenu comme d’autres, moins indispensable :) et c’est donc il y a 3 jours que j’ai reçu mon congé, alors que j’étais en Suisse, par mon même chef qui me disait il y a peu à Nagoya: “on se retrouve à Hawaii”. La citation du film ‘Les 3 Frères’ qui dit “Une société c’est comme une montgolfière… si tu veux que ça monte il faut lâcher du lest” s’applique bien à la situation, pour un projet lancé par un aérostier :) Donc nous voilà déjà 3 membres du Ground Crew à être de retour à la maison, il y en a d’autres dans l’équipe Marcom (marketing communication). Et ça va continuer. L’ambiance sur place à Hawaii -selon ce que j’entends- commence à sentir la fin de mission, le lendemain de fête. Certes le cadre est beau, mais l’incertitude plane sur la suite et fin de la mission, car il devient de plus en plus évident que le tour du monde ne se bouclera probablement pas cette année. Nos deux pilotes mêmes s’y sont résolus et l’ont communiqué du bout des lèvres dans les médias, donc c’est officiel. Quelles options s’ouvrent alors? Laisser l’avion à Hawaii? Aller à Phoenix, puis plus loin, peut-être quand-même jusqu’à New York? Mais si l’avion ne part pas avant début- ou mi-août de la côte Ouest des USA, ça sera trop tard. Laisser l’avion dans un hangar à San Francisco, Long Beach ou au Mexique plus au sec, avant de reprendre en 2016? Le premier défi sera pour l'équipe restante de repartir d’Hawaii car le vol vers la côte ouest sera long également, de l'ordre de 3 à 4 jours.

Donc me voilà hors jeu, mais c’était aussi une des règles du jeu, avec un contrat d’un mois reconductible de mois en mois.

Toutes les bonnes choses ont une fin. Et si je fais le bilan de cette année, c’est plus que positif, et dans tous les sens du terme "extra-ordinaire": que de découvertes, de personnes côtoyées et rencontrées, que de chocs des cultures, de surprises, de joies, de couleurs, de marchés, de peines, de sueur, de fatigue, de voyage, de taxi, de trains, de valises fermées puis rouvertes, d’espoir de départ, de déception de report, de monuments visités, de mosquées, de temples, de soirées arrosées, de plats épicés, de pluie et de soleil, de coups de klaxons noyés de poussière, de photos, de selfies, de poignées de mains et de sourires. Combien de fois me suis-je dit “Quelle chance d’être né Suisse, et quelle qualité de vie on a”!

Mais l’autre réalité c’est aussi beaucoup de CO2 émis avec plus de 80’000km d’avion pour moi pour plus de 100h de vol. L’équivalent de 2 fois le tour du monde! De la folie pure, mais nécessaire?
Mes trajets depuis en 6 mois depuis mi-janvier.
Cet arrêt me permet donc de souffler enfin, de me reposer, de profiter de l’été, d’avoir de nouveau projets et de penser à la suite, professionnelle et personnelle. Un "changement d'altitude" comme dirait Bertrand Piccard.

Merci à tous de vos messages, de vos pensées, d’avoir partagé cette aventure avec moi, et au plaisir de vous revoir bientôt plein d’énergie…solaire!


L’archipel de la dernière chance

2015-06-29 Nagoya...Rennes

Voilà que nous étions depuis bientôt un mois à Nagoya. A ce moment, l'équipe trépigne, mais on se régale avec les yeux et les papilles.
Cet arrêt était aussi imprévu, qu’inattendu et il s’avère être une surprenante découverte pour toute l’équipe. A plusieurs niveaux, ce pays est fascinant: mythique archipel volcanique, très vallonné, et au relief intérieur très marqué, même proche de la mer. Autour de ces reliefs, des vallées, où les rizières comblent les espaces libres autour et dans les villes. 
Vue de la campagne typique, depuis le train

J’aurais beaucoup aimé voir le Mont Fuji, mais le temps va nous manquer (celui qui passe) et le temps ne s’y prête pas (celui qu'il fait)…ce n’est pas pour rien qu’on est resté bloqué un moment.
Notre rythme de travail (principalement des veilles du hangar en ce qui me concerne) nous permet de nous éclipser un jour et demi maximum. Grâce au train à grande vitesse Shinkansen, les distances sont rapidement franchies. 

Le Shinkansen, bijou de technologie, un départ toutes les 15-20 minutes!
Kyoto, Kobe, Tokyo, Hiroshima, Osaka, sont à portée de rail en quelques minutes ou heures. J’ai eu l’occasion de rapidement découvrir Kyoto et Hiroshima, mais aussi l'océan à Utsumi et Hamamatsu.


Mais au-delà des paysages qui mériteraient d’être admirés à chaque saison, ce sont les japonais qui sont un peuple étonnant et passionnant à découvrir. D’un côté, on retrouve beaucoup de similitudes avec notre qualité de vie européenne: transports efficaces, infrastructures, propreté, tri des déchets, enfin, tout ce qu’on attend d'une société moderne en général. Et d’un autre côté, je découvre cette société aux codes complètement différents des nôtres, et où travailler est challenge de tous les jours. Je ne veux pas faire une analyse trop rapide ou iconoclaste, et prétendre que je connais le Japon, mais mon impression ici est que la société ici semble comme polarisée: d’un côté des principes et règles très codifiées, la bienséance, la politesse extrême des gens que l’on retrouve dans les différentes façons de remercier ou de saluer, les révérences à n’en plus finir et qui finissent par nous donner le fou-rire, les serveuses qui se tiennent genoux à côté de nous pour prendre la commande, le ballet quasi théâtral des chauffeurs de locomotives du métro qui vérifient l’horaire ou de leurs collègues en gare qui vérifient que personne ne franchit la ligne au bord du quai. C’est très agréable de se faire servir par des gens qui arborent un grand sourire et font tout pour nous satisfaire. Mais d’un autre côté, les gens dans la rue, dans cette partie de l’archipel, sont très concentrés et peu enclins à répondre à un sourire ou un regard.
D’un autre côté également, après ce côté très droit, rigide et discipliné, il y a les “soupapes” dont cette société de travailleurs a besoin: l’alcool, les salles de jeux et les restaurants. Les amis entre eux, les travailleurs viennent régulièrement avec leur collègues boire de l’alcool pour se dés-inhiber, régler leur différends avec leurs collègues, leur chef ou simplement "se lâcher”. On a eu l’occasion de le vivre avec Philippe dans un quartier proche de la gare de Nagoya. 

Rencontre par hasard d'une famille et de leurs amis, qui lâchent la soupape!

On retrouve cette impression dans les Pachinko, ces salles de jeu de casino, hyper bruyantes, enfumées et où l’alcool coule à flots. Dans la rue, en face, les gens attendent patiemment que le feu passe au vert, alors que la rue est vide…Contraste!

Entre deux shifts de garde du hangar mobile, j’ai pu visiter Hiroshima, avec Philippe qui y était déjà. Nous y avons visité le mémorial de la paix, qui relate l'explosion de la première bombe atomique, sans accuser les américains. Respect.
Nous avons aussi visités quelques un des différents monuments alentours, notamment celui dédié aux victimes dont de nombreux enfants: très impressionnant et émouvant.

Un monument de la bombe à Hiroshima.
C’était aussi et surtout l’occasion de faire une rencontre intéressante grâce à Philippe: Marc Decrey, un cousin de Philippe et Sylvie Cohen sa femme, deux journalistes suisses vous avez peut-être déjà entendu à la radio quand ils travaillaient. 

Marc et Sylvie, globe-trotteurs

Ce sont de grands navigateurs qui ont parcouru le monde sur leur bateau à voile, le “Chamade”. 


Chamade, battant pavillon suisse!


Au programme: départ de France, Ecosse, Norvège, Spitzberg, Murmansk et Arkangelsk en mer Blanche en Russie, en rivière/canal jusqu'à St-Petersbourg, Angleterre, Islande, passage du Nord-Ouest, Alaska, Canada, San-Francisco, basse-Californie, puis le Pacifique jusqu’aux Marquises, Tahiti, Kiribati, Marshall, Guam, et…le Japon.

Allez faire un tour sur leur blog, c’est passionnant:

Merci à eux de nous avoir accueilli avec Philippe, dans leur bateau et de nous avoir partagé un peu de leur aventure, de leur impressions et de leurs rencontres. Tout ça agrémenté d’un petit single-malt écossais, et une bonne tartine de Cenovis le matin!


On refait le monde dans le carré de Chamade. Belle soirée!

Puis, ce 29 juin, finalement, nous avons pu dire au revoir à Si2 qui a quitté son cocon gonflable, et dans le secret s’est envolé pour Hawaii. On ne voulait pas ameuter tous les journalistes si l’avion devait de nouveau revenir, et risquer de bloquer la machine diplomatique japonaise… L’avion a finalement mis le cap comme prévu sur Hawaii.
Juste après ce départ, je suis pour ma part rentré en Europe pour mon dernier projet de vacances: Rennes, en Bretagne où nos amis Gab et Alexia se marient et où je suis témoin! Je reprendrai donc le train Solar en route, soit à Hawaii, soit après... (ou pas).
En attendant, je le suis comme vous sur solarimpulse.com !


Arigato Japan! Je reviendrai te voir!

Photo et poésie

Le sheriff et son colt !
Philippe mon ami et collègue, pilote, navigateur et grand voyageur aussi surnommé parfois "le sheriff", dégaine plus vite que son ombre... pas son colt, mais son appareil photo et voici son oeuvre, poétique et pleine de sensibilité:


J'avoue que je suis un peu jaloux de ses beaux clichés et de ses portraits :) 
Merci Philippe de cet autre regard, et d'être un fidèle ami et compagnon de voyage!

Jetlag et décalage

2015-06-09 - Suisse

Après la claque que nous avions tous prise en annulant le départ 6h avant le décollage de Nanjing le 25 mai, étonnamment, à la déception a vite succédé le soulagement, très rapidement: le soir-même, le lobby de l'hôtel de Nanjing était bondé de solariens qui décompressaient et fêtaient l'anniversaire de Jelena de l'équipe de cuisine.
Un vol vient d'être annulé, c'est la décompression totale!
Quelques jours après, je suis parti, après un transfert de dossier à mon ami et collègue Philippe, le 27 mai, pour...le Canada à Montréal! Non, ce n'était pas une mission spéciale pour contourner les fronts du Pacifique, ni un coup fin avec l'OACI (Organisation de l'Aviation Civile Internationale, dont le siège est à Montréal) pour obtenir des autorisations spéciales ou pour ramener des doses de sirop d'érable à André...  Non, simplement, depuis l'automne 2014, nous avions prévu ce voyage au Canada, avec mes potes Raphaël et Jérôme. Notre but: rejoindre en petit avion Cessna mon pote d'enfance Jani qui vit au Nord du Québec à Chisasibi (en fait au milieu du Québec car c’est -grand- le Grand Nord). 

Ce projet "Grand Nord" avait démarré sur un coup de tête pour fêter les 10 ans d'un autre voyage que nous avions fait ensemble à Toulouse, avec Jani, Raph et un premier Jérôme qui est devenu papa depuis et a laissé sa place à un autre Jérôme (un hasard). Ce dernier était mon voisin de chambre quand j’étudiais à... Toulouse, un hasard aussi, mais donc un signe que c'était un bon choix :) J'ai donc pris ces vacances prévues depuis longue date et convenues avec Solar Impulse. 
Je quitte l'équipe Solar en leur disant au revoir et à bientôt à Hawaii. Après un vol quasi polaire depuis Pékin sur la banquise du Nord de l'Alaska, direction Toronto, me voilà à Montréal, avec 12h de décalage horaire dans les dents...
Je retrouve le lendemain Raphaël et Jérôme, et on commence les préparatifs pour notre voyage au nord.
Rapidement, je suis au courant des préparatifs d'un nouveau départ de Si2 le 30 mai et à voir les messages que je reçois et l'état de préparation avancé, je réalise que cette fois c'est la bonne on irait!!! André va enfin pouvoir partir et l'équipe va pouvoir quitter Nanjing! J'ai un petit pincement au coeur car je m'étais tellement réjouis de préparer ce départ, et me voilà "sur la touche" et déconnecté, en décalage, comme un simple spectateur. Mais quel plaisir de suivre la montée en puissance de l'état de préparation via les réseaux sociaux, internet et les groupes de messages internes “Whatsapp" ou par email. Avec Raph et Jérôme, on a pu finalement suivre le départ en direct sur internet, depuis une petite pizzeria de la rue St-Denis de Montréal! On est les 3 scotchés à l'écran et mes poils se dressent lorsque Si2 prend son envol dans la nuit calme de Nanjing...ça y est, c'est parti et cette fois les voyants sont au vert et la fenêtre est bonne. Apparemment…
On part le 31 mai avec mes compères et notre fidèle monture qui, elle, n’est pas solaire. Notre premier arrêt en route pour Chisasibi est le petit village de Mt-Laurier, qui est situé sur la route des anciens chercheurs d’or et des miniers. 
Le soir, on lutte pour garder les yeux ouverts car on a tous ce fameux décalage horaire et pas mal d’énergie dépensée pour préparer et conduire ce vol à travers les forêts et lacs québécois. En me couchant, je lis comme vous sur internet un message laconique sur le site web de Solar Impulse qui parle de difficultés de météo et de sommeil d’André et qu’il est envisagé de dérouter à Nagoya. 
Les messages Whatsapp confirment la nouvelle. Aie! C’est le scénario “branle-bas de combat”. J’imagine tout de suite ce qui peut se passer maintenant: une grosse machine à mettre en route, tant au niveau logistique, humain que de la communication. Je pense à mes 3 collègues qui étaient partis le 24 mai en prévision du 1er départ et qui sont toujours stationnés au Japon (à Fukushima et ils seront finalement positionnés en environ 3h à Nagoya), comme équipe “minimale” pour accueillir l’avion et simplement éviter de le casser. Je devais en faire partie initialement, et pour finir, comme je ne pouvais pas faire en même temps la coordination du départ, j’avais renoncé et avais formé Laurent qui était alors capable de me remplacer (en plus il faisait ce travail aux Etats-Unis, donc c’était facile). Ca a été un choix brillant car il a été au top!
Donc je ne suis pas surpris, quand je me lève le matin du 1er juin d’apprendre que Si2 s’est posé à Nagoya: l’avion et le pilote vont bien! Mais l'accouchement a été difficile à voir les quelques messages que j’ai reçus jusque-là. Et ça a l’air encore chaud…l’avion s’est posé mais le hangar mobile tarde à être mis en place pour des questions de logistique (l'Ilyushin a dû se poser sur l'aéroport international plus au sud) et administratives. Pourtant à voir les prévisions locales envoyées par les météorologues, il ne faut vraiment pas tarder. C’est assez dur d’être si loin de l’équipe, avec quelques bribes d’information et à la fois en vacances avec 3 potes dans un décor boréal magnifique. Encore un décalage de plus...
L''équipe "Grand Nord" Sam, Jani (notre hôte), Raph et Jérôme devant, ici à Chisasibi.

On survole des restes de banquise, pendant que certains à Nagoya...ont chaud!
Sur Whatsapp, on sent que toute l’équipe soutient le Ground Crew et le team qui est sur place. Les messages fusent, comme par exemple quelques messages d'encouragement: “Hey all out there in Nagoya! Our thoughts are with you here in the MCC. Keep fighting for the aircraft!!!” ou “We are coming for you guys!” ou moins rassurant: “Good news hangar mobile cleared by the customs. But mobile hangar crew still stuck in Shanghai, after 5 hours”. Je n’arrive pas trop à savoir si c’est critique ou si c’est en phase d’amélioration. Du côté réseaux sociaux, ça chauffe aussi sur Twitter où quelques instant “#Nagoya” est parmi les sujets les plus relevés aux…USA! Tweets, re-tweets, les japonais font le “buzz”: des membres de l’équipe média demandent des traducteurs pour écrire en japonais directement, afin d'être plus percutant et pertinents. Ca semble être la folie! Quelques photos de l’avion filtrent, on le voit dehors sur le tarmac de Nagoya, un grand ciel bleu et ses couvertures de mylar pour le protéger du chaud.

Puis quelques secondes plus loin, une autre photo avec des nuages noirs et menaçants...

Difficile de se faire une idée précise de ce qui se passe, car les photos ne sont pas envoyées dans l'ordre où elles ont été prises et viennent de différentes personnes. Je n’ose pas imaginer au MCC de Monaco la difficulté de la tâche d'intervenir à distance, et apparemment c’est le cas ailleurs: “Can you tell us who goes where? Big kisses from Lausanne” et plus tard “We are all with you. You are the best”. Il y a finalement en proportions très peu de messages de ceux qui sont sur place. On devine qu’ils n’ont juste pas le temps de sortir leur téléphone et que celui-ci n'est pas étanche... C’est “la guerre”. Ah tiens, je vois passer des photos de pizzas en commande: il faut bien nourrir tout ce monde qui court, pousse, slide, tire, soulève, branche, grimpe, téléphone, transpire, pleure… enfin les premières photos de hangar mobile gonflé apparaissent, et suivent les messages de Suisse et depuis MCC “Wuuuhuu, let’s go! We all think of you!” et “Go boys and girls!” et dans la foulée: une photo de l’avion dehors, avec le commentaire laconique: “under the rain”. Tout semble se jouer à quelques heures: est-ce que c’est déjà trop tard, est-ce que l’avion est (bientôt) à l’abri? Ouf, encore un message, cette fois ça y est “SIB is coming home” avec une photo de la moitié de l’avion dans le hangar, mais on devine que le sol est bien mouillé…Un avion électrique sous la pluie... 
De mon côté, j’essaie aussi d’encourager un peu mes collègues avec quelques messages, mais ça me semble dérisoire et un peu ridicule, si loin et si impuissant. Et surtout ici au Canada de notre côté, on a une chance inouïe avec la météo: on a bénéficié d’une belle haute pression pour arriver, avec du vent de dos, et également au retour. Mais je dois l’accepter: choisir de ne pas renoncer à ces vacances prévues de longue date, avec des amis de longue date aussi demandait de renoncer à suivre un bout de l’aventure Solar, et c’est tombé à un moment poignant. Je ne regrette pas ce choix, car c’est intéressant aussi de vivre l'aventure Solar de l’extérieur, un peu comme vous, et il faut l’avouer, ça a l’air extrêmement dur à ce moment à Nagoya... Donc la petite bière artisanale de mon pote Jani a encore un meilleur goût et je me sens encore plus chanceux.
Finalement l'avion est sous le hangar, sans qu'aucun trou n'ait été percé dans tarmac, car c'était interdit par l'aéroport. 
Les heures qui suivent permettent de respirer, et se rassurer: il y a somme toute peu de dégâts, mais ça a été limite, avec beaucoup de vent, proche de la vitesse de décollage de l’avion, et de la pluie. Seuls quelques dégâts ont été notés sur une partie des ailerons. C’est le minimum syndical, car on aurait pu simplement perdre l’avion… Bravo à l’équipe qui a géré ça, et dans une ambiance qui a été exemplaire!

Pour ma part, je suis rentré de vacances, après un magnifique voyage avec les copains dans le nord canadien, avec ses myriades de lacs, multitudes de zones humides et des millions d’arbres de la forêt boréale. 


Après un court séjour en Suisse où je reprends 6h de décalage, je repars pour Nagoya au Japon, qui en a de nouveau 6h aussi! Je crois que pour cette année j’aurai assez voyagé pour quelques années… Ce cher professeur de l’EPFL M. Suren Erkman qui, via la radio télévision suisse, aime bien tirer à boulets rouges sur le "bilan énergétique désastreux" de Solar Impulse (qui fait la part belle à l'EPFL) et qui a fini par conclure à juste titre, que c’est un plus un projet de communication qui a pour but de passer un message. C’est ce qui s'appelle enfoncer une porte ouverte! J’ai croisé justement ce soir en prenant l’avion, l’ambassadeur de Suisse en Chine, M. De Dardenne, qui retournait à Pékin par où je passais pour aller à Nagoya. Il est enchanté du message livré en Chine et des échos qu’il a eus! Autre retour très positif: à Pondicherry, en Inde, cette année au bac du lycée français de cette ancienne colonie française, on résout des problèmes de physique-chimie sur la base d’un certain avion... Solar Impulse! Et les exemples sont nombreux. Ces milliers de gamins, d'écoliers, d'étudiants, d'entrepreneurs, de badauds qui ont été intrigués, fascinés, marqués, et qui peut-être seront les futurs ambassadeurs du solaire de demain, ou du développement durable, ça, on ne peut pas le chiffrer M. le professeur Erkman!

En revenant ici au Japon, les récits sont poignants et l'équipe a été vraiment forte, à la limite au niveau sommeil et physique : j'apprends que l'avion a failli être perdu 3 fois à cause des éléments: le soleil d'abord malgré la protection de mylar, le vent ensuite qui faisait littéralement décoller l'avion (l'avion était arrimé à des palettes et 3 personnes y étaient suspendues!) et finalement la pluie qui l'a arrosé 3h durant. Il a depuis été complètement révisé, réparé et inspecté. Des tests de routine seront effectués au début du prochain vol.

Les semaines qui viennent vont être déterminantes. La météo devient de plus en plus humide car c'est la saison de la mousson qui démarre bientôt, et la préparation d’un nouveau départ est prioritaire, cette fois avec quasi aucune possibilité de retour. Le grand saut...

Pékin express

2015-05-22 - Pékin

Voilà deux jours bien remplis pour visiter rapidement Pékin la capitale. Le train CRH permet de parcourir très vite les 900km depuis Nanjing, en 4h30, on arrive à Beijing. En passant, je fais une petite digression: Nan-Jing ça veut dire en chinois la "Sud-Capitale" et Bei-Jing la "Nord-Capitale". Je deviens assez accro de cette petite application iPhone appelée Pleco qui m'aide à déchiffrer le chinois et à parler 2-3 mots: il permet de traduire de chinois en anglais et vice-versa, incluant l'écriture anglaise du chinois (Jiin=maintenant, Tian = "Jour" ou "paradis", comme dans Tian An' Men) et la prononciation phonétique est automatique! C'est assez étonnant et on se prend vite au jeu, surtout, on découvre que c'est une langue qui demande des prouesses d'accentuation au bon endroit et des qualités de diction, pour éviter les malentendus! 

La région campagnarde du bassin du Yangtze, plaine très plate et fertile, est un peu le garde-manger de ces millions de bouches à nourrir. Il y des milliers de champs, de fermes, de cultures, quelques gratte-ciel au milieu de nulle part, quelques centrales nucléaires et au charbon. Puis, après quelques heures à grande vitesse, nous voilà au centre ville. Un coup de métro bondé plus tard, on est baigné dans l’ambiance vivante et animée des grandes avenues, parcourues par les vélos, scooters électriques, mais qui ont depuis plusieurs années laissé la place aux voitures et bus qui sont maintenant majoritaires.
La petite rue où se trouve notre auberge est très populaire et comme souvent depuis le début de notre voyage, on ne voir pas de touristes quasiment. On trouve dans cette rue du canard laqué bien sûr, des vendeurs de toutes sortes, des échoppes colorées, des restaurants où l'on mange à toute heure, mais surtout tôt (à 21h c'est vide!), des petites boutiques locales et la vie partout. Surtout, comme beaucoup de fois depuis le début de ce voyage, ce sont les odeurs de ces villes qui frappent en premier: la préparation du tofu qui dégage une odeur terriblement mauvaise, les tripes qui mijotent dans un jus probablement à base de sang et d'épices, mais aussi les bonnes odeurs de grillades de brochettes, de fleurs, de pâtisseries ou confiseries, les salons de thé de tous types dont mon préféré est bien sûr l'incontournable jasmin, des petits bistrots vendant des nouilles et des plats locaux avec un décor plus ou moins kitsch ou minimaliste.


En cherchant dans le quartier Wang Fu Jing, on tombe sur une rue étroite et bondée: vous y trouverez des les fameuses grillades du troisième type pour courageux… Scorpions (embrochés...vivants), hippocampes, vers, chauves-souris, serpents, mygales, mille-pattes, étoiles de mer, sauterelles, etc. Ames sensibles, passez votre chemin! 

Un petit en-cas pour courageux...
Le canard laqué d’hier soir était une valeur sûre et semblait convaincre plus de monde! Le sommet du luxe étant : la tête de canard laqué épicée...


Tête de canard laqué
Canard laqué, dans une galette de riz. Un régal!

Il règne une ambiance particulière de lieu d'histoire dans cette ville: la place Tian An’ Men bien sûr car a été le symbole d’un nouveau temps pour la Chine, à côté il y a le mausolée de Mao que nous n’avons pas vu, mais qui est étonnant, comme celui de Lénine, qui reste très visité et adulé. 

La cité interdite depuis la place Tian An' Men.
Une autre temps, celui des Empereurs, dont 25 ont siégé dans l’immense Palais de 72 hectares maintenant appelé “La Cité Interdite". 

Mao veille encore sur cette cité historique...

Sous la chaleur de midi, on accède à ce palace-musée à pied sous les arches ombragées d'imposants bâtiments colorés. Plus on avance, plus l’immensité et la richesse de ce site nous frappe, car on n’en voit pour ainsi dire par la fin. Ce qui est marquant également, c’est l’absence totale de végétation, à l'exception du nord du Palais qui abrite un superbe jardin impérial, avec des arbres plusieurs fois centenaires, et des arrangements de pierres typiquement chinois.

Un imposant enchaînement de palais, séparés par des murs ocres.
Dans l'architecture moderne, on trouve le Grand Théâtre, auquel on accède en passant sous le bassin qui l’entoure, en-dessus de notre tête, l’eau et le ciel. L’intérieur du bâtiment est immense, et d’une architecture osée et très raffinée: matériaux bien choisis, formes arrondies partout, grands espaces et beaux jeux de lumière, surtout le soir. 

Grand Théâtre de Pékin

Le fameux “bird nest” des jeux olympiques est aussi une belle découverte à faire, malheureusement que nous avons laissé à notre prochain séjour…

Au centre de Pékin et autour, il y a des dizaines de joyaux: petites rues d’artisans, quartiers populaires, et parcs publics. Dans le parc du Temple du Paradis, au sud de la cité interdite, nous avons découvert ce vendredi matin la vie active des séniors pékinois: ping-pong, tai-chi, badminton, tennis, danse du sabre, concours de fouet, footing, badminton “au pied”, ou simplement balade. Ce qui frappe c’est que beaucoup de ces séniors sont âgés et encore drôlement actifs et souples: une grand-mère est suspendue la tête en bas à une barrière et fait ses étirements! 
Au centre du parc, un immense jardin de roses multicolores. Dans l’axe nord sud, il y a le temple, qui consiste en une alignées de pagodes circulaires, décorées de dorures et de peintures multicolores sur la charpente en bois. Ce parc a vraiment une atmosphère agréable et vivante. A la sortie, on découvre des calligraphes qui peignent des lettres à l'eau par-terre, comme une sorte de poésie éphémère: écrire pour la beauté du geste et la tradition millénaire.

Calligraphe à l'eau: juste pour la beauté du geste!
Il faudrait rester une bonne semaine pour découvrir, plus en profondeur cette capitale et ses alentours qui regorgent de mystères et de bijoux, au propre comme au figuré.
Mais nous avons commencé par l’incontournable Muraille de Chine, l’une des 7 merveilles du monde. Nous avons eu la chance d’y accéder par un chemin peu fréquenté, commençant par une montée d’une heure dans une forêt à flan de coteau, pour finir par arriver sur une portion non publique de l’ouvrage, passablement en ruine, mais offrant un splendide panorama sur les collines. Puis en progressant dans ce mélange de brique de pierre et de végétation, nous avançons sur le sommet de nos collines. Puis, nous rejoignons un tronçon public et restauré qui mène, à la descente parfois vertigineuse, au départ de la plupart des tours touristiques. 
Nous n’avons parcours que 3 ou 4 kilomètres de la muraille, et il y en a 7500 km… Quelle immensité et quelle énergie humaine il a fallu mettre en oeuvre pour réaliser ce projet fou, perché au sommet des montagnes!




Pendant ce temps, le MCC à Monaco continue de creuser l’option d’un départ prochain de Si2, cet avion solaire sorti de la science-fiction quand on le compare à la muraille de Chine… 

La tente: l'attente latente...

2015-05-20 - Nanjing

La Chine aura bien profité de Solar Impulse et nous aussi. L’avion est depuis environ 50 jours en Chine, et on est tous impatients de partir. J’ai bien pu profiter d’un retour en Suisse pour des vacances, puis suis revenu il y a bientôt un mois à Nanjing, où nous sommes toujours, pour la plupart. Une poignée de veinards se trouve déjà à Hawaii, mais ils manquent de belles découvertes ici en Chine... 
Car cette attente est et a été pour l’équipe l’occasion de voyager dans la région et dans les villes aux alentours. J’en ai profité et en profite actuellement puisque je suis dans un train filant à 305km/h vers Pékin. Un fort vent du Nord-Ouest nous amène de l’air en provenance de la Mongolie, qui est propre, ce qui change de l’air très pollué de cette région et très sec (17% d'humidité à Pékin).

J’ai de la chance, car mes différentes casquettes m’occupent toujours un peu, je suis proche de l'opération, donc ça m'évite de trouver le temps long, mais elles m’empêchent de voyager autant que je le voudrais. Alors je profite des moindres jours de congé consécutifs pour m’évader. L'avantage est que je ne grille pas tout de suite toutes mes cartouches comme certains qui ont déjà "tout vu" dans les premières semaines et qui maintenant tournent en rond...Par exemple, je serais bien allé voir les statues de terre cuite à Xi'an, mais je n'aurais probablement pas le temps. 
Ici, il y a tellement de choses à voir et à découvrir: des rues, des quartiers, des petites échoppes, des lacs (et leurs écrevisses), temples bouddhistes aux odeurs d’encens, vue sur le fleuve Yangtze qui coule aussi ici, comme à Chongqing, sorties aux fameux restaurants “Tapanyaki" avec les collègues suivi d’une soirée au quartier 1912 de Nanjing, massages traditionnels faits par des aveugles, soirée broche de 11kg d'agneau à l'abri de la pluie sous un pont, balades en vélo (à une pédale...made in China), etc. Nanjing est multi-facettes et on en n’a pas vu grand chose malgré tout! Il faudrait rester plusieurs années pour bien comprendre la Chine et cette ville. Et surtout on est à moitié au travail, à moitié en vacances. Rythme particulier.

Donc pour profiter de mes premiers jours consécutifs de congé, je suis parti à deux reprises avec une équipe à Shanghai en train. Prendre le train dans cette région moderne de la Chine est déjà pour moi une expérience: on réalise la puissance du gouvernement qui pour réaliser ses projets pharaoniques les plus fous ne lésine pas sur les moyens: la gare sud de Nanjing d’où partent la plupart des trains rapides (CRH) pour Shanghai est la plus récente de Nanjing. D’immenses artères de routes y mènent. Le métro est souterrain, les boutiques et l’entrée et les arrivées au rez de chaussée, après les contrôles de sécurité, on emprunte une large rampe d’escalators placés en parallèle, qui mènent au 1er étage. Un petit air de Bienvenue à Gattaca pour ceux qui connaissent...

Gare de Nanjing Nan (littéralement: Sud-Capitale, gare sud)


Entrée de la gare de Nanjing et la grande avenue qui y mène


Ce niveau est un unique et immense hall d’embarquement d’un bloc, d’environ 500m de long et 100m de large, avec un haut plafond. Les embarquements pour les trains se font sur les côtés et mènent à des escalators qui redescendent au rez de chaussée où se trouvent les lignes de trains. Tout est extrêmement bien pensé et c’est lumineux, pratique, efficace. Les architectes ont bien travaillé. A Shanghai qui est à 300 km et à 1h30, c’est quasi identique (gare de Hongqiao qui est aussi récente). Mais le revers de la médaille c’est que pour voyager en train, chacun doit donner son identité, et nos moindres déplacements sont donc enregistrés.
Gare de Shanghai HongQiao, hall principal.

L'autre revers de la médaille, c’est que pour assouvir cette soif de projet gigantesques d’infrastructure et d'immobilier, le gouvernement exproprie à tour de bras et expulse les propriétaires récalcitrants, de manière plus ou moins forte.
C’est pour ça que j’ai voulu visiter un quartier de Nanjing que j’avais repéré depuis le métro, en bordure de ville. On y accède en passant une porte dans un mur qui donne sur la rue animée. Et derrière ce mur, on découvre une sorte de mélange entre une zone de guerre, des favélas et des rues du sud l’Italie. Le quartier est détruit aux deux tiers, probablement depuis plusieurs années, et malgré tout, la vie continue, et les gens y vivent. Une maison aux fenêtres complètement défoncées à la pelle mécanique abrite une famille.
Maison détruite, mais pas la vie de sa famille.

Une petite maison dans un champ de ruines tient debout, et un habitant y monte sur le toit pour réparer une fuite d’eau en prévision des pluies de ces prochains jours. Etonnamment, on n’a pas l’impression que les gens qui y vivent encore sont malheureux ou dans la misère. Au contraire, ils doivent être déterminés et plus forts que jamais pour résister, et ils sont fiers et pas avares en sourires. Il y a aussi une sorte de marché qui se met en place: récupération de bois, de briques, et de matériel divers. C’est un étonnant microcosme!
Malgré ce prix humain à payer Shanghai est vraiment incroyablement dynamique et très internationale dans son style. Les anciens quartiers sont des endroits agréables à vivre, avec des allées d’arbres, et des ruelles comme une sorte de dédale. Le centre d'affaire est construit autour du quartier de Pudong, avec un bras de rivière qui sillonne la ville, le fameux Bund, le panorama est à couper le souffle au coucher de soleil, depuis la zone piétonne qui draine les milliers de touristes, dont la majorité est…chinoise.
Le panorama du Bund de Shanghai

Le ferry qui traverse le bras de rivière donne un bon point de vue au pied de cette skyline et est une attraction très prisée: les touristes se ruent en courant dans le ferry dès l’ouverture des portes!
La vie nocturne est vivante et branchée, notamment une petite rue bourrée (!) de bars très prisés par les expatriés dont nous faisons partie et qui adorent tous se retrouver, comme pour se donner une bouffée de "chez soi”, tout en étant “là-bas”. On sirote des verres au “Café des Stagiaires”, “Bar Revolucion” au “Pit Stop” qui nous rappelle notre pitstop de 3 semaines à Chongqing! On y mange des pizzas à tout heure et la fermeture des terrasses à 22h ne freine pas l’ambiance qui continue dans les bars. Il y a aussi la vie plus underground et alternative, mais je n’ai pas eu l’envie et le temps de la découvrir, mais les récits de mes collègues sont épiques!
Mais cette frénésie cache un peu notre impatience du départ de Si2. Car les journées à la tente sont longue: préparations du départ interminables en mode camping puisque seul l'essentiel n'est pas en palettes, nième briefing, x-ième transfert aux autorités aéroportuaires de message de report de notre départ nous use tous un peu. On sent l’impatience grimper, mais il faut résister et se tenir les coudes. Ce sentiment est attisé par le fait que certains privilégiés de l’équipe qui ont terminé leur travail à Nanjing sont déjà partis à Hawaii en préparation, ou simplement en vacances en nous attendant.
Ce n’est pourtant pas faute d’essayer de partir d'ici: le MCC travail dur pour analyser les routes, simuler les scénarios, et tester la robustesse du plan aux changements de prévisions qui vont forcément arriver, car les modèles météo ne sont pas précis au-delà de 5 jours. Si on ajoute la complexité de la relation avec les Japonais qui nous mettent un peu les battons dans les roues,  c’est une véritable partie d’échec et une épreuve pour les nerfs de tous! J'ai la chance de participer aux briefings du MCC par conférence téléphonique ou internet. Je n'y ai pas un rôle participatif, mais c'est purement informatif et surtout hyper intéressant. Je pense notamment aux 2 météorologues Luc "Lucky" et Wim, et l'équipe de simulation.

Mais personne ne baisse les bras, et une sortie de la tente pour sécher l’avion au soleil, ou lui recharger les batteries nous redonnent le moral.
19 mai, dernière charge solaire? (Photo: Marie Barbier-Muller)

Suite au dernier report de départ, j’enchaîne direct une nuit de garde et de chasse aux moustiques avec un voyage 2 jours à Pékin. Je vous en dirai des nouvelles bientôt!…Hawai, on arrive (?)!

PS:
Faute de texte, j'alimente en continu la rubrique "PHOTOS" ci-dessus; ne la manquez pas!

Noul et Dolphin

2015-05-06 - Nanjing

Long time no see! Il est temps de vous donner quelques nouvelles et de rattraper mon retard :) Il faut dire que le programme était condensé ces derniers temps, depuis mon retour de vacances.

Je suis revenu à Nanjing juste à temps le 24 avril dernier: après 22h de voyage depuis la Suisse, je suis à arrivé juste à temps au pied de la grande libellule électrique arrivée 3 jours plutôt, finalement! Car quelques minutes plus tard, nous sommes tous réunis pour voir en avant première le film produit sur la traversée des USA en 2013. Puis on a tous été invité à partager une... fondue (!), pour plus 50 personnes, agrémentée d’un kilo et demi de viande séchée et deux bouteilles d’Abricotine que j’ai ramené dans ma valise, c’était parfait! 
Rien de tel pour bien dormir après 22h de voyage qu'une bonne fondue bien arrosée :)
Ca passait bien après deux semaines de vacances, histoire de retrouver tout le monde! L’ambiance était à la fête, surtout que c’était aussi le retour d’André, arrivé plus tôt le matin avec un autre vol, et accueilli en héros, mais très marqué par la fatigue suite à son zona. Il est très bien remis depuis, c’est impressionnant.

Le voyage depuis la Suisse était étonnant car j’ai depuis Genève vi Doha à côté d’Abu Dhabi, puis survolé Muscat, Ahmedabad, au sud de Varanasi, puis tout près de Mandalay pour finir par poser à Chongqing et ensuite un autre vol pour Nanjing. Donc ça m’a amené quasiment sur la route complète de Si2 faite en 1 mois et demi, mais accéléré en 1 jour!
Sur la trace de Si2, en un jour! source : MotionX iPhone.
Depuis, j'ai un à peine un jour off pour découvrir un peu le centre ville, dont une superbe bibliothèque, installée dans un ancien garage souterrain. Le rythme ensuite a été rapide, car plusieurs membres du team sont aussi partis en vacances, alors que démarrait la semaine d’évènements tant attendue par nos partenaires principaux: en 6 jours, il a fall condenser le programme initialement prévu en 10 jours. Solvay, ABB, Schindler, Omega, Swissnex, des écoles, des officiels, etc. Beaucoup de monde, beaucoup de photos, de selfies, de sourires et de poignées de main à la pelle.
Le challenge pendant cette semaine c’était aussi de changer de “setup” entre chaque cérémonie, pour adapter le nombre de sièges au nombre d’invités et pour mettre en avant le sponsor avec ses stands, ses “visuels”, ses logos, des panneaux informatifs, etc. Heureusement qu’on est en Chine et qu’une armée d’employés s’occupe de mettre en place les tables pour les repas, et fait le service traiteur.
Un écolier lors d'un événement. Photo: DR
Ce rythme durera 6 jours, donc pas tellement de temps pour sortir ou visiter la ville de Nanjing, d’autant plus que nous sommes dans un hôtel dans l’aéroport, au pied d’une des tours de contrôle, à 45 minutes du centre en taxi, ou en métro.
Le pire avec ça, c’est de se remettre dans le rythme local de sommeil, car je passais mon temps sous la tente, avec un éclairage artificiel et sans jamais en sortir vraiment, sauf le soir. Donc mon rythme de sommeil à été dur à recaler. Surtout quand on y rajoute une garde de nuit, une sortie en ville le soir, pour un resto et ou un bar… et une seconde garde de nuit à se battre contre les moustiques et à éponger le matériel électronique des collègues qui prend l’eau avec un gros orage de nuit…

La semaine d’événements s’est donc terminée, suivie par une conférence de presse officielle hier 5 mai. On prend maintenant à nouveau un peu plus le rythme mission: premières discussions avec les officiels de l’aéroport pour le départ (Phil m’a fait un handover parfait et a bien préparé le terrain: il s’est mis tout le monde dans la poche, well done et merci Sheriff!). Les premières dates de départ sont annoncées, les premiers reports de dates aussi, à cause de la météo notamment, et un peu aussi à cause des japonais qui préfèrent nous voir passer hors de leur grosse semaine de vacances. Mais c’est surtout la faute de Noul et Dolphin, deux jolis noms donnés à deux typhons qui n'ont rien de pacifiques et qui se déchaînent dans l'océan du même nom, au Sud, au-dessus de l'équateur. 
Le Pacifique, avec à gauche l'Asie avec Nanjing en haut à gauche, et à droite Hawaii. Noul et Dong au sud sont bien visibles! source : http://earth.nullschool.net
Vous pouvez les suivre ici. Ils rendent la situation très difficile à prévoir et les modèles météo américains et européens en perdent leur latin car ils divergent considérablement. Le temps dira qui se trompait le moins. Mais la situation est intéressante et le MCC à Monaco chauffe pour trouver la bonne fenêtre de départ.
Pendant ce temps, l’avion est soumis ces jours aux dernières inspections complète des ingénieurs de maintenance, et on lui a chargé hier 3 mai ses batteries jusqu’à sa charge cible de 35kWh par batterie, tout en les maintenant la journée à une vingtaine de degrés, pour réduire leur vieillissement. 
La charge solaire s’est passée sous l’oeil de Jakob l’Observateur Officiel de la FAI qui est ici à Nanjing, et que j’encadre. Il est sympa et on s’entend bien, même si nous qui faisons quasi tout le travail pour la FAI, et qu’il est presque ici "en vacances", je suis très content de garder cette bonne relation avec lui, et de l’avoir dans la poche. Cet architecte de métier est très suisse-allemand de caractère (!) et son air de grand-père à la tête dure et taquin me fait rire, mais on se marre bien. Il détient un des records de distance en ballon de Château d’Oex à Orléans en France, il y a une vingtaine d’années. A son poignet, sa Breitling, série limitée aux couleurs de Breitling Orbiter III qui avait fait le tour du monde annonce un peu ses précédents projets. Ca fait plusieurs années qu’il connaît Bertrand Piccard, car celui-ci volait en décollant en delta accroché sous le ballon de Jakob.

J’ai appris hier qu’après le décollage, je partirai peut-être pour le Japon, pour être positionné là-bas en équipe d’urgence, à Tokyo. L’idée est de pouvoir se déplacer rapidement sur un aéroport si après le décollage, après un jour de vol, l’avion devait poser au Japon pour raison technique ou si la fenêtre météo devait s’être refermée ou tout autre raison.
On serait 3, ce qui est le strict minimum pour accueillir l’avion sans le casser, en attendant que l’avion de support puisse arriver, dans la même journée. C’est assez grisant, mais en même temps on ne souhaite bien sûr pas que ce scénario se déroule, car ça serait vite compliqué à tous les niveaux (logistique, météo, hangar, etc.). Mais c’est ça l’aventure!

Voilà une carte que j’ai imprimée aujourd’hui et ai ajoutée au dossier d’André Borschberg dans l'avion. 
Aérodromes de dégagement le long de la route vers Hawaii.
Chaque aéroport indiqué est situé sur une île, le long du parcours. Certains de ces terrains sont plutôt des aérodromes et s’y poser signifierait la fin de la mission car l’avion serait certainement endommagé ou ne pourrait pas être abrité et ne repartirait pas, autrement qu’en container. Mais le but est de sauver l’essentiel: le pilote. C’est assez frappant de voir qu’il n’y a pas de piste au nord de la trajectoire directe, car il n’y a pas d’île assez grande ou pas d’îles tout court…

Mais une chose est sûre, André est déterminé, concentré, motivé, il s’entraîne à fond, et il va partir dès que la météo sera d’accord de le laisser s’envoler, et on fera tout pour qu’il réussisse, car on a tous envie de fêter ça à Hawaii!





Le fil rouge ... et ses boucles multicolores

2015-04-15 - Suisse

Ca devait être un pitstop, et ça fait maintenant plus de 15 jours que l'avion est à Chongqing! C'est alors l'attente du départ, déjà repoussé plusieurs fois à cause de la météo qui est capricieuse, et l'attente du démarrage des évènements à Nanjing, attendus depuis si longtemps. Non, je ne déprime pas. Je ne souffre pas nonplus de pathologies liées à l'humidité et au froid qui contraste avec les températures de Mandalay. Vous voilà rassurés! En effet, et pour cause: j'ai eu la chance de pouvoir rentrer en vacances en Suisse juste après Pâques, avant que les températures viennent friser avec le zéro °C et que des flocons à Nanjing tombent comme pour tester les nerfs de toute l'équipe. J'ai passé par Nanjing récupérer ma valise qui avait été tout droit en vue du pitstop. Ca m'a permis de retrouver une partie de l'équipe et découvrir l'hôtel qui nous accueille là-bas: un hôtel flambant neuf situé dans l'aéroport, à l'architecture faisant penser à un nouveau James Bond, et au détail intéressant: il est ouvert juste pour nous, où nous occupons le sixième étage. C'est assez frappant de voir que les fenêtres -neuves-, doublées et au double vitrage, ne ferment pas! Qualité chinoise?...
Je suis donc au soleil, je me repose et profite de ce printemps qui a démarré en trombe sous nos latitudes européennes. Au menu, famille, balades, ski, voile, avion :) Dur programme...

Ce retour en Suisse bienvenu renforce mon sentiment : ce projet Solar Impulse est un peu comme un fil rouge, qui nous relie avec un même but: faire faire le tour du monde au grand oiseau Solar Impulse et passer un message. Le message est multi-facettes, mais la plus grande de ces facettes est simple: on peut faire des choses extraordinaires avec des technologies actuelles et en particulier des économies d'énergies.  Bref, cette petite digression était juste pour dire que toute l'équipe qui entoure ce projet est animé du même but: réaliser ce qui semble impossible pour livrer un message et aider les grands de ce monde, les politiques, à changer de cap, avec l'aide de la jeune et moins jeune génération, en particulier en Chine et en Inde pour le moment, et bientôt aux Etats-Unis. C'est pour ça que nos grands chefs trépignent d'impatience pour enfin arriver à Nanjing où devaient se dérouler des événements importants.
Mais autour de ce projet et de son fragile fil rouge, chacun de nous, les participants, a sa propre motivation, sa façon de vivre le voyage, de découvrir les gens et les pays rencontrés. C'est assez difficile de le relater à travers ce blog, mais vous avez sûrement déjà dû le réaliser: ce voyage est vécu de 1000 façons différentes par les 120 ou 130 participants à l'équipe, dont 70 voyagent avec l'avion environ, 50 personnes environ sont à Monaco et une dizaine ailleurs à Dübendorf, Paris, etc. Autant de boucles multi-colores autour du fameux fil rouge!
A l'heure où je vous parle, comme vous le savez certains sont donc à Chongqing en train de préparer le prochain départ, et à Nanjing pour préparer l'arrivée, et c'est chaud au niveau météo. André est rentré en Suisse rapidement soigner ses migraines, une équipe est partie au Tibet en balade, une autre à Pékin, Shanghai. Certains encore prévoient un voyage en Nouvelle-Zélande, ou en bateau au Japon, d'autres comme moi sont rentrés en Suisse, et les monégasques sont sans doute au même rythme touristico-professionnel.
Et vous qui lisez ces lignes, vous êtes aussi une boucle autour de ce fil rouge: passez le message!