Les choses avancent bien vite depuis quelques jours: tout le monde l'attendait ce premier vol et Markus Scherdel a pu le faire enfin, après plusieurs modifications de l'avion, des forts vents, du sable, des questions de certification et d'autres rebondissements. Ca a été un grand plaisir pour tout le monde de voir SIB s'envoler à nouveau en silence dans le ciel emirati, pour la première fois hors de Suisse.
| Une photo de moi qui a fait le tour des réseaux sociaux :) A droite on voit l'hélicoptère, nom de code radio "Solar Chase" |
Le cargo qui nous servira de transport de matériel est arrivé, et on a pu lui faire un coucou avec mon collègue David. Sacrée bête que cet oiseau quadrimoteur russe.
| David Germann, un "ancien" de solar: super type! |
La fatigue s'installe donc, car le rythme est soutenu, avec des couchers à 22h et des levers à 1h30 ou 3h du matin. Il faut dormir quand on peut et où on peut. J'ai testé pour vous une caisse de 1m par 2m qui contient les bâches de "sliding" que l'on utilise pour protéger les modules du hangar mobile, quand on doit les glisser sur le sol une fois qu'ils sont gonflés. Cette caisse convient parfaitement pour faire une sieste, sous une bâche qui empeste le plastique; mais une fois couché, des boules quiès, un bonnet car le matin il fait très frais, et un maximum de couches pour lutter contre le froid, on s'endort comme un loir. D'autres ont choisi le coin VIP pour piquer un somme.
En vrac, voici un peu un pot-pourri des activités de ces derniers temps: visites de copains venus spécialement pour l'occasion, ou de passage, le séjour imprévu et bienvenu de ma chère et tendre, un petit tour à Dubai dans la tempête de sable pour voir le plus grand bâtiment du monde, des évènements avec nos sponsors principaux ou des institutions locales, quelques chichas et quelques bières pour décompresser, des gens qui arrivent ou qui partent, qui reviennent, qui voyagent en éclaireurs en Chine, en Inde, des siestes dont on se réveille en sursaut en ne sachant plus quelle heure il est ou quel jour on est, des téléphones aux états-unis un dimanche matin à 6h30 car on se mélange les pinceaux avec les fuseaux horaires et les jours de la semaine, des gâteaux d'anniversaires à la pelle (dont celui de Bertrand Piccard le 1 mars), etc. Il n'y a donc pas de jours monotones!
Une scène intéressante a été la visite officielle de deux faucons qui avaient de la peine à rester concentrés pour ne pas tourner la tête aux photographes, mais qui ont marqué les esprits par leur calme et majesté, et la combinaison de vol de Bertrand par leur guano...
Avec ce rythme, les caractères de tous sont mis à rude épreuve, car la fatigue influence notre patience et notre humeur. Donc il y a pas mal de "relationnel" à faire, et d'angles à arrondir, de feedbacks à donner et à recevoir. Ce projet est technique, mais beaucoup humain, car c'est une palette de gens d'horizons divers, d'expériences diverses et de compétences variées qu'il faut mettre ensemble et coordonner. Et c'est sans compter les médias locaux ou de passage qui ne connaissent pas les pratiques et usages, et qui nous donnent des fois un peu de fil à retordre.
Une des choses les plus dures à gérer est la grande dynamique des changements de programme et la flexibilité que cela demande. Par exemple, on planifie un vol pour 2 jours plus tard, sachant que la météo est pas idéale, que le flight test doit encore décider le programme, que le manager de l'aéroport demande de ne finalement pas utiliser la piste après 7h locales, que finalement il y aura un hélicoptère, et que le dernier planning qui avait été fait doit être décalé de 30 minutes et que le pilote veut embarquer dans la tente et pas sur le tarmac.... Est-ce que vous suivez? Non, c'est normal, moi non plus :))) Donc on fait des timings à n'en plus finir et on devient assez des pros!
Le moment du vol venu, il faut courir les sous-traitants locaux pour avoir des véhicules de piste, pour rentrer tout le monde prévu (et imprévu) et ne pas perdre quelqu'un quelque part (j'ai testé pour vous, le journaliste de Paris Match qui était prêt à traverser la piste active à pied...).
Mais je dois dire, que la récompense de tout ce stress, cette course contre la montre, c'est de voir s'envoler le bel oiseau solaire dans un lever de soleil de toutes beautés, en le suivant dans son envol avec un vélo électrique, 5m derrière un peu à gauche de sa dérive, en formation avec deux autres vélos, un de chaque côté, prêts à le rattraper si il devait interrompre son vol. Magique!
| Quelques instants après le décollage, au bord de la piste avec mon vélo, encore le souffle coupé et des larmes aux coins des yeux, mélange d'émotions et de réaction au froid du matin. |
J'en ai aussi (presque) les larmes aux yeux, magnifique Sam, on s'y croirait. Heureusement que je ne suis pas venu une semaine plus tard, tu aurais été en plein stress et j'aurais vu l'envol de mes propres yeux ;) Vraiment top cette escapade à AUH !!
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